Crédit photo: PressAgriMed, article du 17 mai 2023_ Régénérer les sols face à la sécheresse
Aujourd’hui, Céline Basset est chercheuse en sciences du sol et en sciences de gestion stratégique au Centre des Sciences et Technologies Forestières de Catalogne (CTFC), en Espagne, dans le cadre de collaborations scientifiques internationales. Ancienne maraîchère dans la Drôme, elle développe une approche transdisciplinaire considérant les sols comme une infrastructure critique au fondement de la sécurité alimentaire, économique et nationale.
Ses travaux portent sur les interactions entre santé des sols, robustesse des agroécosystèmes, gestion des risques systémiques et planification de la résilience alimentaire des territoires. Elle étudie notamment la manière dont la dégradation des sols fragilise simultanément les ressources hydriques, la santé environnementale, la stabilité des chaînes d’approvisionnement, les capacités de production agricole et la résilience organisationnelle des sociétés face aux crises climatiques, énergétiques ou géopolitiques.
Ses recherches s’inscrivent à l’interface de deux doctorats complémentaires en sciences du sol et en gestion stratégique:
Le premier doctorat, en sciences de gestion stratégique, est mené au sein du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à Paris, au laboratoire Équipe Sécurité Défense Renseignement (ESDR), en coopération avec l’Institut des sciences de l’environnement et de l’agriculture de Université de Sydney. Ses travaux replacent la santé des sols comme un pilier stratégique de la sécurité nationale, de la résilience territoriale et de la planification de continuité des sociétés contemporaines. Ils s’inscrivent à l’interface de la gestion des risques systémiques, de la planification stratégique et des politiques de sécurité alimentaire, en considérant les sols vivants comme des infrastructures écologiques critiques conditionnant la stabilité des ressources hydriques, alimentaires et économiques. Ces recherches s’ancrent également dans les orientations de la directive européenne relative à la surveillance et à la résilience des sols, qui vise à renforcer la protection, le suivi fonctionnel et la restauration des sols au sein des territoires européens.
Le second doctorat, en sciences du sol, est réalisé entre l’Université de Barcelone, au laboratoire d’Écologie, Sciences de l’Environnement et Physiologie Végétale, et le Centre des Sciences et Technologies Forestières de Catalogne (CTFC). Ses recherches portent sur les vermitechnologies en tant que solutions fondées sur la nature (Nature-based Solutions – NbS), les réseaux trophiques du sol, la microbiologie des sols et les dynamiques biologiques impliquées dans la régénération fonctionnelle des agroécosystèmes. Ses travaux visent à développer des approches opérationnelles de transition agricole fondées sur la restauration biologique des sols vivants, en mobilisant les interactions entre micro-organismes, microfaune, mésofaune, matière organique, cycle de l’eau et fertilité des écosystèmes cultivés. Cette approche cherche notamment à concilier robustesse écologique, viabilité agronomique et capacité d’adaptation des systèmes agricoles face aux perturbations climatiques, hydriques et économiques contemporaines. Ses recherches s’inscrivent également dans les orientations de la directive européenne relative à la surveillance et à la résilience des sols, qui vise à renforcer la protection, le suivi fonctionnel et la restauration des sols au sein des territoires européens.
Cette double expertise lui permet d’articuler sciences biophysiques, sciences de gestion, planification stratégique, résilience organisationnelle, politiques territoriales et politiques européennes afin de développer des modèles de transition agricole et alimentaire adaptés aux réalités écologiques, économiques et géopolitiques des territoires.
A travers ses travaux scientifiques, Céline Basset développe une approche innovante consistant à requalifier les sols comme des infrastructures d’importance vitale (IIV), au même titre que les secteurs déjà reconnus au sein des secteurs d’activités d’importance vitale (SAIV), comme l’alimentation. Dans cette perspective, elle propose d’intégrer la sécurité alimentaire en amont des politiques de gestion des risques en sécurisant juridiquement et stratégiquement les sols, considérés comme des infrastructures écologiques critiques pour la stabilité des sociétés contemporaines.
Ses travaux visent ainsi à replacer les sols au cœur des politiques publiques, de l’aménagement territorial et des stratégies de résilience, en reconnaissant leur rôle fondamental dans le maintien des fonctions biologiques, hydriques et climatiques indispensables à la production alimentaire, à la régulation de l’eau, à la stabilité des écosystèmes et à la continuité des activités humaines.
Cette approche intègre également les besoins fonctionnels des sols vivants afin de préserver durablement leurs capacités écologiques et les services écosystémiques essentiels à la sécurité alimentaire, économique et territoriale.
Elle travaille en lien étroit avec les agriculteurs, les chambres d’agriculture, les collectivités territoriales engagées dans les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), les associations et plusieurs instituts de recherche européens. Son approche privilégie les démarches de terrain, l’expérimentation empirique et la co-construction d’outils de transition directement opérationnels pour les acteurs agricoles.
Scientifique, ancienne agricultrice, Céline Basset défend ainsi une vision intégrée selon laquelle la résilience des sociétés commence par la restauration fonctionnelle des sols, considérés comme le socle écologique, économique, alimentaire et civilisationnel des territoires contemporains.